26 mars 2006... - BLACK -
FICHE TECHNIQUE : Réalisation : Sanjay Leela Bhansali
Scénario : Sanjay Leela Bhansali, Bhavani Iyer et Prakash Kapadia
Production : Sanjay Leela Bhansali, Anshuman Swami, Gautami Bhatt et Aman Gill
Musique : Monty
Photographie : Ravi K. Chandran
Montage : Bela Segal
Décors : Sabyasachi Mukherji
Pays d'origine : Inde
Langues : Hindî, Anglais
Genre : Drame
Durée : 122 minutes
Date de sortie : 4 février 2005 (Inde)
Avec : Amitabh Bachchan : Debraj Sahai; Rani Mukherjee : Michelle McNally; Ayesha Kapur : Michelle McNally enfant; Shernaz Patel : Catherine McNally (mère de Michelle); Dhritiman Chatterjee : Paul McNally (père de Michelle); Sillo Mahava : Mme Gomes; Mahabanoo Mody-Kotwal : Mme Nair; Chippy Gangjee : Principal Fernandes; Salomi Roy Kapur : Martha; Kenny Desai : Dr Mehta; Arif Shah : Marc Brugger; Bomie E. Dotiwala : Mr Brugger; Jeroo Shroff : Mme Brugger...
ANECDOTES AUTOUR DU FILM : - Le scénario de "Black" s'inspire de la vie d'Helen Keller, déjà portée à l'écran et oscarisé en 1962 par Arthur Penn ("Miracle en Alabama" : http://www.cbo-boxoffice.com/full/p5385.jpg ).
- "Black" fait partie de la liste des dix meilleurs films de l'année 2005 du magazine
Time.
- L'avant-première française a eu lieu au Grand Rex (Paris) le 1er mai 2006. Le film est sorti officiellement en France le 28 juin 2006.
BANDES ANNONCE : http://www.youtube.com/watch?v=Jw8NlSaTQr0 + http://www.youtube.com/watch?v=LxHiFnLI ... ed&search=
RECOMPENSES : Meilleur film - Meilleur réalisateur - Meilleur acteur - Meilleure actrice - Meilleure actrice dans un second rôle - Meilleure photographie - Meilleur montage - Meilleure musique d'accompagnement, etc.
Voir le détail ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Filmfare_Awards_2006
+ http://fr.wikipedia.org/wiki/IIFA_Awards_2006
http://www.youtube.com/watch?v=RIcFYIIL ... ed&search=
http://www.youtube.com/watch?v=wsUIt0sL ... ed&search=
http://www.youtube.com/watch?v=uzmJiYxe ... ed&search=
http://www.youtube.com/watch?v=oD6juo4ZSmM
SYNOPSIS : À la suite d'une maladie, Michelle McNally devient aveugle et sourde alors qu'elle n'a que deux ans. Face à leur enfant avec lequel ils ne peuvent plus communiquer, les parents sont désemparés et huit années s'écoulent avant qu'ils ne se tournent vers Debraj Sahai, un professeur spécialisé. Celui-ci, à force de patience et de persévérance, parvient à apprendre à Michelle à identifier des mots, à les exprimer à l'aide de signes et à leur donner une signification. Michelle reprend ainsi contact avec le monde qui l'entoure. Des années plus tard, alors qu'elle est devenue adulte, Michelle retrouve son ancien professeur durement touché par la maladie d'Alzheimer. À son tour, elle fait tout son possible pour lui venir en aide.
« Black » est un film imprévisible qui vous happe par surprise. Impossible de s’attendre à une histoire pareille ! Et difficile seulement de s’y pencher, alors qu’on aurait tendance à préférer d’emblée un petit Bollywood bien classique et rassurant. D’ailleurs, « Black » inquiète immédiatement par son titre ! Quand on veut d’un film indien de la couleur et de la joie, « Black » n’est pas à proprement parlé le cliché qu’on se fait du titre rêvé. La jaquette non plus, qu’elle soit marron ou noire, elle ne porte pas au rêve et à l’évasion. « Black » est le dvd mal-aimé dés sa naissance, le mauvais petit canard du fan qui reste dubitatif avant de l’avoir vu. Il n’y a jamais eu autant d’hésitation devant un film à voir que devant celui-là… et pourtant, il est LE film de cette année 2006. On a beau se le dire, on n’est convaincu qu’en le regardant enfin ! Parfois, il faut plus d’une année pour apprivoiser une bête curieuse, aux abords peu engageants. C’est souvent de cette hésitation pourtant que naissent les grands émois !
Au fond, le synopsis non plus n’est très engageant… On dirait un film déjà vu, à l’américaine, le truc qui va vous tirer les larmes à force de tristesse et de leçons de morale. Cette histoire de fille faible, qui par la force de sa volonté va triompher de ses handicaps, rappelle le bon vieux schéma américain du « qui veut peut ». A-t-on envie de se retaper cette bonne vieille sauce hollywoodienne ? Non. Ca lasse presque d’avance ! Non, non, vraiment, ce n’est pas le Bollywood qu’on attend, qu’on rêve de voir… Faut vraiment se faire violence, face aux conseils du bon commerçant, face au succès déjà retentissant du film ; faut y aller parce que voilà, apparemment, tout le monde l’a vu ou le voit. Okay, allons-y ! Limite la mort dans l’âme…
Ce qui surprend dés le départ, c’est d’être plongé dans le noir, celui de l’héroïne… Puis arrivent les flash-backs et chronologiquement le début de l’histoire : un homme un peu illuminé mais éteint de l’intérieur serait celui à qui on s’adresse quand on ne sait plus quoi faire avec un sourd muet et non voyant… Il se rend chez Michelle et tout va être bouleversé : meubles, mauvaises habitudes, rencontres et aventures humaines. Au bout du tunnel, la lumière…
Ce début d’histoire présente les personnages et donne à voir des scènes dures, voire cruelles.
LES PERSONNAGES : Michelle : Michelle porte un prénom d’être humain mais d’aspect, elle a tout d’un animal, car laissée à l’abandon dans son obscurité. Il s’agit d’un pauvre être errant dans la solitude totale, exclu du monde, à l’image de « l’enfant sauvage » de Truffaut. Un extra-terrestre, qui n’a aucun repère humain, aucune connexion au monde des vivants.
En effet, loin des danses gracieuses et du raffinement « hyperculturel » de Bollywood (l’importance des arts comme le chant, le danse, le pictural très travaillé dans les décors et les costumes), on est en proie à la vision dérangeante et contre-bollywoodienne de l’être à l’état de nature : gestes désarticulés de Michelle, borborygmes, cris, yeux révulsés…On voit un être qui, par ignorance des codes et de l’échange avec l’autre, agit de manière très dure. Ce malaise qui naît à la vision de Michelle enfant est dû à l’éloignement de notre cocon bollywoodien, de notre perte de repères, mais aussi c’est une peur d’assister à la part d’animalité qui est en nous. On voit ce qu’on serait sans la culture, l’éducation, la société… et cela donne une bonne claque dans la figure du spectateur bollywoodien habitué à la douceur et au raffinement.
Le personnage de Michelle est donc très visuel car sa relation au monde est physique, animale, sensuelle. Elle clopine comme un canard, façon Charlie Chaplin (à qui le réalisateur rend hommage dans une scène de marche soudainement rapide avec une canne), car ses pieds sont presque ses uniques appuis dans le monde. Sans entendre, sans voir, sans parler, comment se tenir debout et se mouvoir de façon gracile ? D’ailleurs, ses chaussures paraissent immenses comme pour mieux la maintenir au sol…
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Une cloche aux pieds comme du bétail, Michelle risque l’asile, et c’est bel et bien la folie qui est présente, qui guette et qui met le spectateur mal à l’aise. La folie n’est en effet rien de moins que l’impossibilité - provisoire ou définitive - de rejoindre l’Autre. Dans le monde de Michelle, toute vie, toute humanité paraît impossible. Impossible ? Pas pour Debraj…
Plus tard, Michelle écrira de cette période qu’elle était « incomplète et lui un vieux guerrier fatigué qui lui apportait la lumière clignotante ».
Debraj : On aurait pu idéaliser ce personnage, en faire un héros à l’américaine si on avait voulu tomber dans le cliché facile. Mais Debraj est perclus de défauts justement ! Alcoolique, il n’a plus goût à la vie. Il a passé quelques années à travailler auprès de sourds-muets et aveugles sans obtenir de grands résultats ; il sait qu’il est doué dans son métier de pédagogue mais il ne croit plus en rien. Il nage lui aussi dans l’obscurité, celle de ses années d’échec et de ses désillusions. Il avait perdu son talent avant de rencontrer Michelle.
Assez narcissique sur les bords - le narcissisme de ceux qui ne s’aiment pourtant plus -, il se dit « magicien » car « il donne des ailes », des mots, à ceux qui n’ont pas accès au langage. Il apprendrait donc « à voler », en donnant le langage…
Lorsqu’on vient chercher Debraj pour une nouvelle mission, il est en train de se saouler en observant une ampoule sur le point de griller. « Une lumière qui meurt »… La pièce dans laquelle il vit est morbide, obscure, glauque. De quelle lumière mourante parle t’il finalement : son propre feu intérieur, l’ampoule, ses talents inutilisés, les enfants dont ils s’occupent ? Debraj se sent vide et s’occuper de Michelle lui redonne la passion et le goût de la vie. Il va y trouver un sens. Debraj va reprendre consistance à l’instant même où il obtiendra un résultat avec son élève ! On entre pleinement dans un film philosophique, celui de la dialectique du maître et de l’esclave (ici, le professeur aura autant besoin de l’élève que l’élève de son professeur) et celui de l’ Allégorie de la caverne de Platon (la lumière, c’est le savoir, la connaissance du monde, qui pourraient aveugler un ignorant…) : un être va forcer un autre, qui vit dans l’obscurité de l’ignorance et de l’illusion, à escalader la dure pente qui va peu à peu le mener à la lumière qu’est la connaissance et la vraie vie.
Debraj n’est pas un ange et pourtant il sera l’ange gardien de Michelle ; et Michelle sera une bénédiction dans sa vie d’éducateur (de rééducateur, pour être plus juste). Il y a du divin, du sacré dans cette histoire : Debraj est celui qui sort Michelle de la folie et de l’obscurité ; celui qui sait que sa propre folie et sa propre obscurité avancent ; celui qui va lutter contre l’obscurité de Michelle et la sienne ; celui qui pourtant va finir par la rejoindre… (« la lumière qui meurt ! »). Il va transmettre ce qu’il va perdre à Michelle, se fait passeur de savoir et donc de vie, tel un échange de force de vie.
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La première partie de l’histoire, celle de
la rencontre entre le professeur et son élève, et celle du premier
éveil de Michelle à « la vie » est dérangeante… Elle rend mal à l’aise. Debraj ne vient pas tant dresser une « bête » qu’éduquer une jeune fille ; apprivoiser une petite sauvageonne dont la conscience de soi et des autres est à peine perceptible. Pour cela, il faudra au professeur ruer dans les brancards, tout chambouler, se rebeller contre ceux-là même qui étaient venus lui demander de l’aide…
Pour éduquer, il faut se rencontrer, et pour se rencontrer, il faut vivre des expériences ensemble !
LA RENCONTRE : Elle se fait de suite dans un rapport de force physique et brutal. http://img239.imageshack.us/img239/8022/pdvd006hu9.png Parce que Michelle n’a aucune conscience du monde environnant (elle ne répond qu’à des besoins naturels), Debraj va devoir imposer sa présence faisant ainsi éprouver à l’enfant le sentiment de sa propre existence ainsi que celle des autres et des règles à respecter. Il l’empoigne/elle se débat, il la force/elle lui jette de l’eau, de la nourriture au visage, il la gifle/elle se calme. Il l’arrête dans son fonctionnement « naturel » pour lui révéler l’autre forme de fonctionnement, le « culturel »… De l’inné, elle passe à l’acquis, elle franchit tout un monde…
C’est en effet par la violence que ce fait l’éducation de Michelle, avant le déclic du langage…Cette violence envers un enfant peut choquer, et c’est en partie ce choix qui fait différer « Black » d’un film américain moralisateur : il illustre que c’est par un DOMPTAGE de l’état de nature qu’on peut s’élever, que ça ne va pas de soi, et qu’au fond il n’y a pas que par la volonté qu’on peut sortir des ténèbres : car l’état de nature est avant tout régi par le principe de plaisir. Sans lois intériorisées, le désir s’épanche en tous sens, et quoi de plus agréable que de n’être qu’un être désirant, sans limites…Mais il n’y a pas de liberté sans lois, et c’est pourquoi Debraj va empêcher Michelle de rester un être esclave de ses propres désirs, c’est pourquoi il va imposer les lois dans la souffrance à Michelle, qui se bat contre ce qu’elle croit d’abord être une oppression et qui s’avérera par la suite être la clé de sa délivrance et de sa liberté.
Quand elle se blessera avec des épines de cactus pour lui échapper dans le jardin, il la soignera, enlevant une à une les épines de sa main. A travers le soin, Michelle sera rassurée et reconnaissante ; elle soufflera sur sa paume et Debraj dira : « C’est mon premier baiser d’oiseau ». La réconciliation entre eux deux signe ici leur première véritable rencontre. Cette main soignée, c’est le symbole par excellence du film : c’est par elle que Michelle va « voir » le monde, en communiquant par et avec elle. C’est le lien entre Moi et le Monde, Moi et l’Autre. Debraj dira : « Les doigts sont les yeux des aveugles, la voix des muets, la poésie des sourds »… Pour Michelle, ils sont donc sa délivrance suprême.
Le film traite, entre autre, de l’apprentissage du langage, indispensable à l’éclosion de sentiments.
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L’APPRENTISSAGE : Le refus de l’ignorance est la seule leçon du film. Ca englobe le refus de l’obscurité, de la pitié, de la dépendance à l’autre.
Debraj entame l’explication par l’énonciation des interdits, la pratique de la frustration. C’est violent pour l’enfant qui a vécu toutes les libertés - pseudos libertés qui la condamnaient au silence et au noir profond -. Il faut prendre sur soi pour accepter l’aide ingérante d’autrui. Michelle va comprendre son intérêt à intégrer le sens des mots (signifié/signifiant), à communiquer avec ses parents, à étudier ce qui l’entoure… La lumière sera son apprentissage, sa liberté.
L’acquisition du principe de réalité, en plus de passer par les lois, passe par l’importance de l’ECHANGE. En effet, l’échange est à la base de toute société, et le premier échange est celui du LANGAGE. L’échange avec l’autre passe par là et c’est ce qui fait qu’on sort de l’état d’animalité solitaire à celui d’être en société, d’être qui s’ouvre au monde et aux autres. Mais avant de connaître l’autre, il faut se connaître soi. En fait c’est l’expérience de l’altérité qui va construire l’identité, l’identité pouvant ensuite construire l’échange. Ainsi, la confrontation à l’autre pour Michelle (l’autre sera Debraj) va la conduire à prendre conscience d’elle-même. C’est pour cela que Debraj choisi « BLACK » comme premier mot à apprendre à Michelle : il commence par nommer ce qu’elle est, par lui apprendre QUI elle est. Ce n’est qu’après cette approche et cette découverte qu’elle pourra échanger avec autrui.
La seconde partie du film n’est pas plus légère mais « la lumière est allumée »… Michelle (en clopinant certes !) à l’université, va gagner pas à pas, son indépendance. http://www.youtube.com/watch?v=ItTyh6jHK-Q
Michelle est restée rebelle, ce qui la sert puisque sa soif d’apprendre est inaltérable.
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Debraj ne lui force plus les portes, il est à présent : l’accompagnateur et le spectateur des progrès, des avancées de Michelle… lorsqu’elle échoue, ils dansent et se moquent ensemble ; quand il faut la remobiliser, il est là.
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A chaque grande étape de la vie de Michelle, Debraj est présent.
http://www.youtube.com/watch?v=LKELaRrC ... ed&search=
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Quand il lui donne enfin la canne, pour marcher seule, Michelle la rejette. Mais symboliquement Debraj lui offre enfin sa totale indépendance. Elle n’a plus besoin de lui en particulier ; elle ira même à présent « plus vite » sans lui. Après lui avoir donné sa main, expliqué ce que la main pouvait tendre comme possibilités et comme aide, il la lâche enfin… Michelle sans Debraj, c’est enfin la complète indépendance ! Et l’un comme l’autre devait l’expérimenter après 18 ans de vie « commune ». C’est une fois la main lâchée que Debraj bascule, comme après un étrange échange de flux…
Et puis vient la confusion suite à la fusion, cette scène si émouvante et si intense…
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Michelle marie sa sœur et découvre qu’on embrasse aussi sur la bouche. Elle veut connaître. Qui lui a toujours tout appris ? Son « teacher »… Le seul homme qu’elle connaisse. Un soir, elle se lance à son cou désespérée. Debraj la rejette, elle est anéantie. Par seule volonté de ne pas la relancer dans l’obscurité, il lui donnera ce qu’elle veut, avec sa démission le lendemain. http://img19.imageshack.us/img19/3912/pdvd108mg6.png Le professeur et l’élève doivent rester à leur place ; Michelle a demandé plus que Debraj ne pouvait et ne devait donner.
De toute façon, il ne peut plus aider Michelle, ses pertes de mémoire deviennent de plus en plus graves pour lui et sa protégée.
LA LUMIERE QUI MEURT : Alors que Michelle est entourée et épanouie, Debraj se retrouve seul et tombe peu à peu dans la maladie d'Alzheimer, belle symétrie d’avec l’état antérieur de Michelle : il régresse à l’etat animal à son tour. . Il n’en dit rien à personne, jusqu’à ce que son état devienne grave. Il sera alors séparé de Michelle, il tombera alors dans l’oubli. Seule Michelle va tenter de rallumer la lumière en récupérant cette mémoire « qui meurt ».
Il n’y a pas de don sans contre-don (dette). En pleine capacité, Michelle veut rendre tout ce qu’elle a reçu de son professeur, car elle a compris que l’échange est à la base des rapports humains et des sentiments. Comme une enfant à ses parents arrivé à l’âge adulte, c’est à elle de donner. Debraj est perdu dans son monde sans mémoire - une autre façon d’être sans mots, sans sons, sans images -. Elevée avec l’idée force que « rien n’est impossible », elle va tout mettre en œuvre pour « ressusciter son dieu ». Tel un accouchement, chacun à son tour va donner vie à l’autre. Il y a là un échange de force de vie ! Elle refait l’histoire, la leur, symboliquement par écrit. Là encore, c’est physiquement qu’elle se lance dans cette mission.
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Mais Dieu a ses limites. Les miracles ne se répètent pas. Michelle ne pourra pas sauver son professeur, même si la fin de l’histoire donne à penser qu’elle rallume la mèche. Il y a des maladies dont on ne revient pas, plus. Pourtant, « rien n’est impossible » n’aura cessé de dire Debraj… C’est juste ce qu’il faut retenir au fond…
Le véritable miracle de l’histoire (la morale si vous préférez), c’est que l’on n’est rien seul, mais c’est pourtant seul qu’on doit combattre. Si on est battant, on arrive à atteindre son objectif. Le miracle, c’est de tout faire pour se rencontrer soi, finalement, car on ne connaît jamais ses propres limites. D’où l’importance de l’indépendance. Si Debraj fait tout pour que Michelle se passe de lui en lui donnant des outils de liens au monde comme la canne ou la machine à écrire (alors qu’il serait si facile de l’assister pour toujours), c’est qu’il sait qu’il va un jour la quitter, qui ce soit par sa maladie ou la mort. Cette réflexion vaut autant pour un être comme Michelle que pour tout le monde : chacun doit apprendre à se défaire de la dépendance à l’autre quel qu’il soit (parent, ami, amour) afin d’acquérir sa propre liberté c'est-à-dire son IDENTITE.
Au fond, ce serait très Sartrien, si Sanjay Leela Bhansali n’avait pas ajouté à la dimension philosophique et psychologique de son film, la dimension divine, sans lourdeur aucune, qui apporte un peu de douceur et d’irréel. Le motif divin est très présent : l’église, les croix, les tableaux religieux, la neige et l’eau qui illustrent les miracles… mais c’est plus un dieu panthéiste, présent partout et symbole d’une foi en la vie, en l’autre et en soi qu’un dieu religieux identifié…Le chef d’œuvre est complet.
LA REALISATION : Le texte, servi essentiellement par Amitabh Bachchan, est sublime, d’une richesse littéraire incroyable ! Chaque mot, employé à bon escient, a du sens, du contenu, de la force dans son message…
La mise en scène relève tout simplement du génie. Sanjay Leela Bhansali, après, entre autre, un « Devdas » absolument succulent et un « Hum Dil De Chuke Sanam » qui laisse encore rêveur, sait nous parler dans différentes langues et avec de différents langages pour nous séduire. Il n’épargne pas sa peine, son exigence sans compromission et sans racolage donne ses fruits et mieux ! on ne l’attend jamais là où on pense…
Ses jeux d’ombre et de lumière, parfaitement maîtrisés ne cessent de nous entraîner finement dans le symbolique. Le contraste entre le blanc/le dehors (la neige, le brouillard, mais aussi l’asile… ) et le noir/le dedans (les intérieurs, la nuit, la tristesse…) ; la vie/la mort ; l’éveil/ le néant ; la connaissance/la folie ; la rencontre/la solitude, etc. ne sont JAMAIS dans les clichés à l’américaine.
Les ambiances sont à la mesure des contrastes de couleurs. Par exemple, le décor presque théâtral, épuré, propre et sombre, froid, voire glacial de la maison de Michelle, la distance de chacun les uns des autres montrent un univers hostile à la proximité, à la compréhension, à la relation. Michelle est coupée de tout, dans son univers sans paroles, sans sons et sans images, et l’univers qui l’entoure est lui même terriblement obscur et fermé, malgré l’amour que ses parents lui portent. Debraj lui aussi est coupé de la vie à sa façon, dans une pièce noire, que seule une ampoule clignotante éclaire. L’appartement de l’université est, lui, chaleureux, lumineux, comme ouvert sur le monde ; les classes et les scènes extérieures sont également très éclairées : symboles de la connaissance et de la liberté…
Quant aux flashs-back, ils sont assez difficiles à saisir et à suivre au premier visionnage. Pourtant, ils sont en cohérence avec la perte de mémoire. Il s’agit de se rappeler, de lutter contre l’oubli ! Un livre s’écrit sous nos yeux : la mémoire et les mots de Michelle, en héritage, à celui qui n’en a plus.
Il y a de l’indicible dans « Black ». Le film laisse la place, l’espace (et le temps…) au silence, qualité incomparable et indispensable à cette histoire sur le monde de « la non parole » pourtant percée, forcée, ouverte par d’autres outils langagiers.
Ici, on ne traite pas de la réalité : on met en images les non-dits d’un formidable conte (tiré pourtant d’une histoire vraie !).
Les signes sont très importants dans « Black », forts et riches de symbolisme : les signes comme ceux des doigts d’une muette disent tout ce qui ne s’entend pas. Ainsi, tout n’est pas expliqué, su, entendu explicitement. La paume de la main (celle qui parle, qui donne sens aux mots et oriente, qui communique et celle qui est tendue pour aider ; la main qui va tout faire et qui va sauver !) sur laquelle on souffle pour calmer la douleur, recevoir la neige qui tombe ; le souffle (de la vie, celui qui transmet les mots aussi) ; la neige, symbolisant Dieu, qui assiste et invite au courage, qui crée des miracles ; l’eau qui effraie mais qui éveille la conscience, etc. etc.
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Il faut entendre avec d’autres oreilles : par les yeux, l’intelligence du cœur, sa sensibilité propre. Là est tout le talent du réalisateur. Il a su nous dire l’indicible en nous portant directement dans l’univers de Michelle qui ne cesse de s’ouvrir et l’univers de Debraj qui ne cesse de se fermer…
Il faut parler de l’humour dans « Black », au cas où celui/celle qui ne l’a pas encore vu pense un instant que ce film porte trop bien son nom ! Attention, la tendresse est au rendez-vous à chaque scène et l’humour des situations cocasses, absurdes ou insolites liées aux handicaps de Michelle (face à la décontraction et au naturel de Debraj), rend de nombreuses scènes comiques. Pas de Bollywood sans sourire, sans rire, c’est une règle d’or à intégrer définitivement. http://www.youtube.com/watch?v=fA59hUgF ... ed&search=
D’ailleurs l’humour est nécessaire symboliquement pour accepter son handicap et en faire une force ! L’humour, c’est le décalage idéal entre le désespoir et la combativité… Autre leçon non dite du film ! Voyez comme Michelle se met à sourire, tout au long du film…
LES ACTEURS : Il y en a peu. Toute la force réside dans le scénario, l’interprétation et la symbolique de l’histoire ; le reste est très épuré.
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Rani est méconnaissable. Exit la gentillette de service, qui sait si bien jouer les amoureuses calmes et tendres. Une reine est née, une killeuse du cinéma est dans la place ! laissant ses consoeurs crever d’envie de jouer les non-voyantes à leur tour… comme un passage devenu obligé !
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Amitabh dans un rôle à la fois flatteur et terriblement ingrat (asexué et vieillissant, chancelant)… http://img413.imageshack.us/img413/5110/pdvd065bv3.png Le « Teacher » a laissé son kit de star (père de famille ou ancien rebelle) au vestiaire. Il a attendu ce rôle pour donner à sa carrière un nouveau… souffle ! et entreprendre des rôles totalement étonnants et imprévisibles de sa part. En reflet avec ce film, il a repris naissance en jouant des choses édifiantes et nouvelles, il a osé, il a gagné : il peut décidément tout jouer !
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Ayesha Kapoor n’a rien a envié à ses « camarades » de jeu ; petite, elle joue dans la même cour des Grands ! Exceptionnelle de naturel et d’aisance, elle nous fait croire jusqu’au bout à son handicap et à sa folie. Il n’y a pas de grande différence d’interprétation entre la petite et Rani. D’ailleurs, elles se ressemblent assez physiquement…
LA MUSIQUE : En ce qui concerne la musique, elle déçoit d’un premier abord. Bollywood attire par sa musique en général, ses chansons, ses danses, la mise en scène de tout ça ; et là, rien, que de la musique de fond ! Pourtant, elle est d’une intensité de grande force, douce et prenante. Elle emporte le spectateur dans les méandres de multiples émotions. Elle accompagne, elle aussi par la main.
Pour ceux que seule la musique n’aurait pas convaincus (les frustrés des danses traditionnelles…), peut-être que cette performance donnée lors des IFFA 2006 en l’honneur du film les conquerra…
http://www.youtube.com/watch?v=Sv_ZUqYA ... ed&search=
« Black » pourrait devenir, après un chef-d’œuvre littéraire et cinématographique, une comédie musicale qui traverserait les océans ?
UNE HISTOIRE AMERICAINE : « Black » est certes le remake de « Miracle en Alabama », un film américain qui fut un grand succès dans les années 60. En quoi « Black » a t’il, sinon sa différence, sa particularité, son identité propre ? C’est à vous d’y répondre, en fait, mais quand même ! on sait combien Bollywood sait manipuler la poésie et le rêve par l’image, comme nulle part ailleurs...
On pourrait juste ajouter que ce qui différencie « Black » d’un traitement à la Hollywood c’est (en plus de la vision non-édulcorée de l’animalité) la difficulté de la réussite. Michelle devra passer 4 fois les examens avant d’avoir son diplôme. La réussite n’est pas immédiate mais le fruit d’une lente gestation intérieure.
Un autre aspect exploré qui diverge du traitement américain est la présence de la solitude. Certes, Michelle est aimée par ses parents et sa soeur, par son professeur et est acceptée par ses camarades… mais a-t-elle VRAIMENT des amis ? Non. Elle ne vivra pas vraiment l’amitié, encore moins l’amour (Debraj lui-même le dit à Michelle). Son handicap la coupera quand même à jamais de certaines choses, elle ne sera jamais totalement « comme les autres ». Cette lucidité est très forte et s’éloigne radicalement des idées de Hollywood, pétries de bons sentiments, que tout le monde peut s’en sortir totalement, que chacun pourra vivre comme tout le monde un bonheur total. Bravo donc au réalisateur d’avoir pointé cette dimension dure mais réaliste et authentique.
Un autre aspect différent du style hollywoodien est le refus de l’exaltation de l’individualisme. Là où on fait triompher seul l’être humain par la force de la volonté, Bhansali prône la solidarité, le motif du double. Michelle n’aurait jamais pu s’en sortir seule. Mais l’inverse se vaut aussi : Hollywood aime également dans ces cas là, prôner une relation de maternage, où triomphe deux êtres indissoluble qui ne font qu’un, où le faible triomphe MAIS parce qu’il est lié à un autre, à un alter ego indispensable… Bhansali ne tombe pas non plus dans ce travers hyperbolique : Michelle et Debraj sont un couple lié par l’apprentissage, certes, mais prônent l’indépendance de chacun, surtout de Michelle, essentielle pour se trouver et être libre.
Cette dernière considération nous amène au dernier point qui diverge avec Hollywood : la création d’une histoire d’amour totalement inédite. Hollywood aime à placer des histoires d’amour partout, même quand celles-ci sont improbables. Ces histoires d’amour sont d’un classicisme assez mou, sans grand intérêt au fond.
UNE HISTOIRE D’AMOUR : En effet, Bhansali a opté pour une histoire d’amour non conventionnelle, presque « au-delà » de l’amour. Pas de relation sexuée, pas de mots d’amour, pas de gestes habituels. Mais paradoxalement, le réalisateur signe là l’une des plus belles histoires d’amour de tout le cinéma. Parce que l’amour s’y exprime de la plus belle manière possible : l’amour c’est l’échange perpétuel, c’est vouloir le bonheur de l’autre et le respecter. L’amour c’est le don de soi à l’autre. L’amour, c’est amener l’autre à voir la vie autrement, c’est l’aider à vivre. L’amour c’est accepter l’identité et la liberté de l’autre, c’est placer ces valeurs au-dessus de tout, même au-dessus des sentiments. C’est refuser la dépendance de l’autre à soi, et de soi à l’autre. C’est être à la fois le même et quelqu’un de totalement différent et accepter cela. C’est tout cela que créent ensemble Michelle et Debraj dans leur relation. « Black » met en scène un amour mature, l’essence des valeurs profondes qui font le
VERITABLE AMOUR, et non l’amour tapageur ou léger des comédies romantiques américaines… ou bollywoodiennes, où on ne voit que les débuts étourdissants des sentiments, et non ce qu’est profondément, et dans le temps, une vraie histoire d’amour profonde et construite dans la durée…
Merci Sanjay Leela Bhansali de nous montrer sur quelles valeurs réelles repose l’amour absolu de l’autre…
EN CONCLUSION : Sanjay Leela Bhansali commet donc ici une des plus belles histoires d’amour du cinéma Bollywood, sans prendre ni les schémas habituels, ni les chemins classiques. Rien n’est facile dans ce film, tout est détourné, tout est à la fois intrusif et respectueux de l’humain, cruel et tendre, insolite et merveilleux. Cette histoire d’amour, aujourd’hui culte et récompensée par ses aînés ainsi que par un public reconnaissant, est gravée là ; aucun spectateur ne peut rester indifférent. Qu’on en pleure, qu’on en rit, on est totalement bouleversé par ce film ovni parachuté là pour nous, on ne sait comment ; on est totalement conquis et c’est tout.
Un grand merci à
Pat et Fréda De Bollywoodunivers !! [ extra ein ^^ ]